Gestion intégrée des eaux pluviales : concilier transition écologique et prévention des sinistres
L'équipe ABE Courtage
La Gestion Intégrée des Eaux Pluviales s’impose progressivement dans les projets d’aménagement, portée par les PLU, les zonages pluviaux et la nécessité de mieux gérer nos ressources en eau. Elle répond à des objectifs essentiels : limiter les risques d’inondation, réduire la pression sur les réseaux, préserver les milieux aquatiques et réconcilier l’eau avec la ville.
Cette évolution est bénéfique, mais elle n’est pas sans risque. Lorsqu’elle est appliquée sans analyse fine du sol, du bâti et de l’environnement immédiat des constructions, la gestion à la parcelle peut conduire à de nouveaux sinistres. Le sujet devient particulièrement sensible en présence de terrains argileux soumis au retrait-gonflement des argiles, dont la sinistralité se compte déjà en milliards d’euros. L’enjeu n’est donc pas de remettre en cause la GIEP, mais de définir les dispositions adaptées pour concilier gestion durable de l’eau, stabilité des ouvrages et prévention des risques.
Sommaire
Dans cet article
Qu’est-ce que la Gestion Intégrée des Eaux Pluviales ?
La Gestion Intégrée des Eaux Pluviales — GIEP — également dénommée gestion à la parcelle des eaux pluviales, désigne les techniques et pratiques mises en œuvre pour gérer localement les eaux de pluie au niveau d’une parcelle individuelle ou d’un petit groupe de parcelles, souvent à l’échelle du bâtiment ou de la propriété.
L’objectif est de traiter ou de gérer les précipitations là où elles tombent, pour minimiser leur impact sur les réseaux d’assainissement et les cours d’eau, et pour favoriser leur valorisation ou leur infiltration dans le sol.
Cette approche marque une évolution importante par rapport à la gestion historique dite du “tout tuyau”, qui consistait principalement à collecter les eaux pluviales pour les évacuer vers un réseau. La GIEP propose une logique différente : ralentir, stocker, infiltrer, réutiliser ou restituer l’eau de pluie de manière maîtrisée, en l’intégrant dès la conception du projet.
Elle ne se limite donc pas à un ouvrage technique. Elle suppose de prendre en compte le sol, la pente, la perméabilité, les constructions existantes, les réseaux, les usages futurs et les possibilités d’entretien. C’est cette approche globale qui permet de passer d’une simple gestion hydraulique à une véritable gestion intégrée des eaux pluviales.
Une évolution portée par les PLU et les zonages pluviaux
De très nombreux Plans Locaux d’Urbanisme intègrent aujourd’hui un zonage pluvial pour répondre à l’obligation réglementaire de l’article L.2224-10 du Code général des collectivités territoriales.
Les objectifs poursuivis par ce zonage pluvial sont de développer une gestion intégrée des eaux pluviales au niveau des projets d’aménagement, notamment en imposant la recherche d’alternatives à la gestion “tout tuyau”.
Cette évolution vise notamment à :
limiter les risques d’inondation, protéger les personnes et les biens ;
préserver la qualité des milieux aquatiques, réduire les pollutions et les impacts des rejets urbains par temps de pluie ;
poursuivre un développement urbain de l’agglomération, réconcilier l’eau et la ville, et valoriser l’eau de pluie.
Le zonage pluvial définit ainsi les règles particulières imposées sur le territoire en matière de rejet d’eaux pluviales au milieu naturel et, le cas échéant, au réseau public. Selon les communes et les projets, ces règles peuvent conduire à limiter les débits de rejet, imposer un stockage temporaire, favoriser l’infiltration ou rechercher une solution de gestion directement sur la parcelle.
Cette évolution réglementaire répond à une réalité de terrain. Dans un nombre croissant de communes, les réseaux collecteurs n’ont pas suivi la croissance urbanistique et sont devenus sous-dimensionnés. Les refoulements dans les caves lors d’épisodes orageux ne sont donc pas dus, exclusivement, à un défaut d’entretien des réseaux publics.
Il est toutefois essentiel de rappeler que la gestion intégrée des eaux pluviales ne peut pas être envisagée comme une réponse uniforme. Le zonage fixe un objectif, mais la solution technique doit rester adaptée au contexte réel du projet : nature du terrain, capacité d’infiltration, présence d’ouvrages enterrés, proximité des constructions ou encore possibilités d’entretien.
Pose de casiers de rétention
Les avantages de la gestion intégrée des eaux pluviales
Les avantages de la gestion à la parcelle des eaux pluviales sont nombreux. Ils expliquent son développement progressif dans les documents d’urbanisme et dans les projets d’aménagement.
La gestion à la parcelle peut diminuer la quantité d’eau qui ruisselle vers le réseau d’assainissement. Elle permet ainsi de réduire le risque d’inondation, de débordement des systèmes d’égouts et de refoulement lors de fortes pluies.
Cette réduction est particulièrement importante dans les zones urbanisées, où les surfaces imperméabilisées accélèrent l’écoulement des eaux vers les réseaux.
Lorsque le sol le permet, les techniques d’infiltration favorisent la recharge des nappes phréatiques. Cet enjeu est essentiel pour maintenir les niveaux d’eau souterraine, particulièrement dans les zones où l’eau potable dépend de ces ressources.
Cette capacité d’infiltration doit toutefois être vérifiée. Un terrain peu perméable, remanié ou compacté ne réagit pas comme un sol naturellement filtrant.
La gestion à la parcelle peut améliorer la qualité de l’eau en filtrant une partie des polluants présents dans le ruissellement, grâce à des systèmes de filtration mécanique ou biologique judicieusement implantés.
Les noues végétalisées, jardins de pluie, tranchées filtrantes ou revêtements perméables peuvent ainsi participer à la réduction des matières en suspension et de certaines pollutions diffuses.
La récupération et le stockage des eaux pluviales pour une utilisation ultérieure, comme l’arrosage des jardins ou le nettoyage, permettent de réduire la consommation d’eau potable et les coûts associés.
Pour rappel, l’usage des eaux de pluie récupérées est réglementé. L’eau de pluie ne doit pas être assimilée à une eau potable.
La gestion des eaux pluviales à la parcelle peut intégrer des éléments paysagers, comme des jardins de pluie, des noues végétalisées ou des toitures végétalisées.
Ces dispositifs contribuent à la biodiversité et à l’embellissement de l’environnement urbain. Ils permettent aussi de redonner une place visible à l’eau dans les projets d’aménagement.
Certaines techniques, telles que les toitures végétalisées, les surfaces perméables ou les aménagements plantés, peuvent aider à atténuer l’effet d’îlot de chaleur urbain.
Elles augmentent l’évapotranspiration, limitent les températures de surface et améliorent le confort des espaces extérieurs.
Les techniques employées pour gérer les eaux pluviales à la parcelle
Les techniques de gestion intégrée des eaux pluviales ne répondent pas toutes au même objectif. Certaines retiennent l’eau en toiture, d’autres la stockent, l’infiltrent, la filtrent ou ralentissent son écoulement. Le bon choix dépend du projet, du sol, de la place disponible, de l’entretien possible et de la présence éventuelle d’un exutoire.
01Stocker / réutiliser
Cuves de rétention et récupérateurs d’eau de pluie
Ces systèmes collectent l’eau de pluie pour une utilisation ultérieure ou un relâchement contrôlé dans le réseau d’assainissement.
Principe : stocker temporairement les eaux pluviales, soit pour les réutiliser, soit pour les restituer progressivement vers un exutoire défini.
Point de vigilance : entretien, filtres, pompes, crépines, trop-pleins, poussée d’Archimède en présence de nappe et risque d’écrasement des cuves inadaptées.
02Infiltrer
Systèmes d’infiltration enterrés
Ils permettent la création de volumes vides pour l’infiltration progressive de l’eau dans le sol.
Principe : stocker temporairement les eaux pluviales dans des casiers, structures modulaires ou massifs drainants avant infiltration.
Point de vigilance : la capacité d’infiltration ne doit pas être présumée. Elle doit être vérifiée, notamment en présence de sols remaniés, compactés ou peu perméables.
03Infiltrer en profondeur
Puits d’infiltration
Les puits d’infiltration sont des ouvrages compacts, de plusieurs mètres de profondeur, permettant le transit des eaux vers un sous-sol perméable.
Principe : conduire les eaux pluviales vers un horizon favorable, après stockage et traitement éventuels par noues ou bassins d’infiltration.
Point de vigilance : l’ouvrage concentre l’eau en un point. Sa localisation doit éviter toute interaction défavorable avec les fondations, ouvrages enterrés, réseaux ou constructions voisines.
04Ralentir / infiltrer
Tranchées drainantes ou d’infiltration
Ces ouvrages linéaires de faible profondeur sont remplis de matériaux lavés et roulés. L’eau y est amenée par canalisations ou ruissellement direct.
Principe : assurer un stockage temporaire avant infiltration ou une restitution à débit limité vers un exutoire défini.
Point de vigilance : qualité des matériaux, protection contre les fines, pente, entretien et maîtrise du cheminement de l’eau.
05Retenir en toiture
Toitures végétalisées
Elles retiennent et utilisent les eaux pluviales pour et par la végétation, en plus de fournir une isolation et une inertie thermiques.
Principe : ralentir les écoulements, favoriser l’évapotranspiration et intégrer la gestion de l’eau au bâtiment.
Point de vigilance : charges permanentes, surcharge en eau, étanchéité, évacuations, trop-pleins et entretien végétal.
06Rétention temporaire
Toitures non végétalisées
Elles peuvent retenir temporairement les eaux pluviales. Le support est obligatoirement en béton.
Principe : disposer les évacuations à un niveau défini en fonction du volume d’eau maximal prévu à retenir en toiture.
Point de vigilance : la charge d’eau doit être intégrée au dimensionnement. 10 cm d’eau représentent 100 kg/m². Les structures bois et métalliques sont exclues.
07Désimperméabiliser
Pavés perméables et revêtements poreux
Ils permettent à l’eau de pluie de pénétrer dans le sol plutôt que de ruisseler.
Principe : réduire les surfaces imperméables tout en conservant une fonction circulable pour des cheminements, stationnements, cours ou parkings.
Point de vigilance : le colmatage par les fines, poussières, feuilles ou dépôts peut réduire fortement la perméabilité dans le temps.
08Filtrer / paysager
Jardins de pluie et noues
Ces aménagements paysagers sont conçus pour collecter et filtrer les eaux pluviales.
Principe : collecter, ralentir, infiltrer ou filtrer les eaux grâce à un ouvrage hydraulique végétalisé.
Point de vigilance : une noue n’est pas un simple fossé. Son profil, sa pente, son substrat, sa végétation, son exutoire et son entretien conditionnent son bon fonctionnement.
09Mutualiser
Chaussées réservoirs
Elles sont constituées d’un enrobé poreux en communication avec une structure en graviers permettant un indice de vide de l’ordre de 33 %.
Principe : stocker temporairement les eaux sous la chaussée avant infiltration ou raccordement au réseau pour les eaux excédentaires.
Point de vigilance : dimensionnement, entretien, colmatage et cohérence avec les flux de circulation. Cette solution peut être pertinente à l’échelle d’une voirie, d’un parking ou d’un espace commun.
Quel retour d’expérience sur ces techniques ?
Ces techniques sont globalement employées de longue date, mais restaient relativement sporadiques. L’imposition réglementaire de leur démultiplication justifie, néanmoins, de porter un regard attentif sur les risques envisageables.
Comme toutes techniques, dès lors qu’elles sont conçues et réalisées dans de bonnes conditions, pour des ouvrages adaptés, il n’existe pas de pathologie majeure à souligner. Les retours d’expérience disponibles ne conduisent donc pas à remettre en cause la gestion intégrée des eaux pluviales en elle-même.
Ils invitent plutôt à la prudence sur un point essentiel : la solution retenue doit être compatible avec le site, le sol, l’ouvrage et ses conditions d’entretien. À défaut, une technique vertueuse dans son principe peut devenir génératrice de désordres.
Quelques sinistres récents ou situations observées permettent de s’interroger légitimement sur les conditions de mise en œuvre de ces dispositifs, et plus particulièrement sur leur interaction avec le phénomène de retrait-gonflement des argiles.
Toitures-terrasses destinées à la retenue temporaire des eaux pluviales
La rétention temporaire des eaux pluviales en toiture est une technique encadrée, qui ne peut pas être assimilée à une simple toiture-terrasse classique.
Cette technique de rétention n’est autorisée que pour des supports en béton. Une protection obligatoire par gravillons d’une épaisseur de 4 cm minimum est nécessaire. La charge d’eau doit être prise en compte dans le dimensionnement des structures : 10 cm d’eau représentent 100 kg/m².
Les structures bois et métalliques sont exclues.
Ce point mérite d’être clairement rappelé, car la toiture devient alors un ouvrage participant à la gestion hydraulique du projet. Les évacuations, les trop-pleins, les relevés d’étanchéité, les charges permanentes et les charges temporaires liées à l’eau doivent être cohérents avec cette fonction.
À retenir : une toiture destinée à retenir temporairement l’eau ne doit jamais être conçue comme une toiture ordinaire à laquelle on aurait simplement limité les évacuations. C’est un ouvrage technique, soumis à des contraintes spécifiques.
Cuves de récupération d’eaux de pluie : attention aux ouvrages enterrés
Certaines communes ont, historiquement, imposé des récupérateurs enterrés dans des lotissements. S’agissant de solutions imposées, mais qui induisent un coût non négligeable du fait de l’enfouissement, une “optimisation financière” a pu conduire à des produits inadaptés et à des mises en œuvre économiques.
Ainsi, des réservoirs vides, soumis à la pression de la terre, ont pu être écrasés.
De même, dans des zones soumises à remontées de nappe, la poussée d’Archimède sous des cuves vides a pu conduire au soulèvement de celles-ci.
Enfin, et il s’agit là de cas plus fréquents, ces installations ont pu être abandonnées par leurs usagers, soit par défaut d’entretien conduisant à une eau de la cuve trop chargée en boues ou en bactéries, rendant l’usage peu salubre, soit par casse des pompes, crépine rouillée ou impossibilité d’assurer une maintenance régulière.
La cuve enterrée n’est donc pas seulement un volume de stockage. Elle suppose un produit adapté, une pose conforme, une prise en compte de la nappe, un trop-plein fonctionnel et un entretien réel dans le temps.
Noues d’infiltration : un retour d’expérience qui invite à la prudence
Un cas de sinistre récent, concernant l’un de nos clients, a mis en évidence une nouvelle pathologie liée à la création de noues d’infiltration.
Il s’agissait d’un immeuble d’habitation collective dont les réseaux d’eaux pluviales se déversaient dans des noues aménagées dans les jardins privatifs. Dès les premières pluies, et même pendant le chantier, les noues et bassins de rétention censés récolter et infiltrer les eaux ont été en charge. Les canalisations d’eaux pluviales ne parvenaient plus à évacuer les eaux collectées. Les fuites sur les raccords de ces canalisations en PVC classique ont mis en évidence la nécessité de modifier les pratiques. Il faut donc prévoir le traitement très soigné des assemblages par un collage complet et une mise en œuvre des suspentes à espacement rapproché. L’emploi de canalisations destinées aux évacuations sous pression pourrait également s’envisager.
Tel est le moindre des maux, puisque ce sinistre a surtout mis en évidence une mise en charge des terrains autour des immeubles.
En effet, l’eau débordant des noues s’est répandue sur les terrains jusqu’à revenir vers les bâtiments et ainsi remplir les remblais périphériques autour des sous-sols. La hauteur d’eau en charge sous le radier du sous-sol ne correspondait donc plus au niveau théorique de la nappe envisagée par l’étude de sol, mais au niveau du terrain naturel. La sollicitation du radier béton était donc majorée, et une fissuration infiltrante a pu être constatée. Le risque est similaire pour un drainage horizontal sous dallage du sous-sol. Les pompes d’évacuation des eaux de captage sous dallage peuvent alors devenir sous-dimensionnées. Le débit d’exhaure n’est plus lié aux seules eaux de nappe, mais aux eaux pluviales qui s’écoulent dans les remblais et chargent le tapis sous dallage.
Pourquoi les noues peuvent-elles ne pas infiltrer correctement ?
Le défaut d’infiltration des noues peut trouver son origine dans une imperméabilisation du fond de noue.
Cette imperméabilisation peut avoir plusieurs causes. Le terrain naturel peut être plus argileux qu’envisagé initialement. Les engins de chantier peuvent également avoir tassé le terrain et détruit sa perméabilité. Dans certains cas, le sol destiné à infiltrer l’eau a été remanié, compacté ou pollué par les circulations de chantier avant même la mise en service de l’ouvrage. La préservation de la perméabilité naturelle du sol est donc fondamentale. Elle ne doit pas être détériorée par une pollution liée au remaniement ou par des compactages liés aux circulations des engins.
Les classiques aléas de chantier mériteraient d’introduire un coefficient de sécurité sur le dimensionnement des noues. Une noue correctement calculée sur le papier peut ne plus fonctionner comme prévu si le sol qui la reçoit a perdu sa capacité d’infiltration réelle.
À retenir : une noue n’est pas seulement un aménagement paysager. C’est un ouvrage hydraulique dont le fonctionnement dépend directement de la qualité du sol, de son état après chantier et de son entretien.
Regards d’eaux pluviales : le risque des solutions trop simples
Pour des constructions existantes, il est parfois proposé de boucher les regards des eaux pluviales en pied de descente, afin de permettre leur débordement et l’écoulement de l’eau en surface du terrain.
Cette pratique peut sembler simple. Elle induit pourtant une majoration localisée de la teneur en eau des terrains sous les regards. Cette concentration d’eau peut provoquer un tassement hydraulique ou une réaction de type retrait-gonflement des argiles, entraînant un mouvement des fondations dans l’angle des constructions, sous la descente des eaux pluviales. Le risque est d’autant plus important que l’eau se trouve alors concentrée au droit du bâtiment, au lieu d’être éloignée, répartie ou conduite vers un dispositif adapté.
À retenir : la déconnexion d’une descente d’eaux pluviales ne doit pas consister à déplacer le problème au pied de la construction. La trajectoire de l’eau doit être pensée, maîtrisée et compatible avec le terrain.
Ces retours d'expérience ne condamnent pas la GIEP
Ils rappellent simplement qu’une gestion locale de l’eau modifie les conditions hydriques du site.
Or, dans les terrains argileux, cette modification peut avoir des conséquences importantes. La question du retrait-gonflement des argiles devient donc un point de vigilance majeur, en particulier lorsque l’infiltration est imposée à la parcelle ou lorsque les ouvrages sont implantés à proximité immédiate des constructions.
C’est sur ce point que la prévention doit être renforcée. La GIEP est bénéfique pour la gestion de nos ressources en eau, mais elle ne doit pas devenir un facteur aggravant d’une sinistralité déjà très lourde.
{{cta}}
GIEP et retrait-gonflement des argiles : le point de vigilance majeur
Sans entrer dans le détail du comportement des sols argileux, il faut retenir que l’argile est peu perméable et que certaines argiles sont fortement, voire très fortement, sensibles aux variations de teneur en eau.
Cette sensibilité se traduit par un phénomène connu : le retrait-gonflement des argiles, ou RGA. En période sèche, l’argile se rétracte. Lorsque l’apport en eau devient important, notamment en période pluvieuse, elle gonfle. Ces variations sont lentes, mais elles peuvent être à l’origine de mouvements de terrain et de dommages importants dans les constructions.
Les désordres liés au RGA peuvent prendre plusieurs formes : fissurations des façades, mouvements différentiels des fondations, déformation des dallages, désordres sur les réseaux enterrés ou atteintes aux ouvrages périphériques. Le phénomène est d’autant plus problématique qu’il ne se manifeste pas toujours immédiatement. Les effets peuvent apparaître progressivement, au fil des cycles de sécheresse et de réhydratation des sols.
En France, la sinistralité liée au retrait-gonflement des argiles représente déjà un coût considérable. Elle se compte en milliards d’euros lors des années les plus sévères. C’est précisément pour cette raison que l’imposition de l’infiltration des eaux pluviales à la parcelle doit être regardée avec attention dans les secteurs argileux.
La Gestion Intégrée des Eaux Pluviales est bénéfique pour la gestion de nos ressources en eau. Elle répond à un objectif environnemental nécessaire. Toutefois, lorsqu’elle conduit à humidifier de manière forcée, répétée ou concentrée des terrains argileux sensibles, elle peut devenir un facteur aggravant.
Dans ces situations, la GIEP peut apparaître comme un éléphant chez un marchand de porcelaine : la démarche est vertueuse dans son intention, mais potentiellement brutale si elle est appliquée sans discernement sur des sols déjà vulnérables.
Le risque n’est pas seulement théorique. Une infiltration mal localisée peut modifier la teneur en eau des terrains au droit des constructions. Elle peut également charger des remblais périphériques, alimenter des circulations d’eau non prévues, solliciter des drainages, ou encore augmenter les contraintes sur des ouvrages enterrés. Le comportement réel de l’eau dans le sol ne correspond pas toujours au cheminement imaginé lors de la conception.
La caractérisation précise des sols et la mesure de la perméabilité à l’eau sont donc fondamentales. La présence de circulations d’eau sur le toit de couches argileuses constitue également un indicateur important sur les capacités réelles d’absorption du terrain. Dans les zones argileuses, et plus encore dans les secteurs concernés par le RGA, une étude préalable précise du site et de l’environnement des constructions s’impose.
Dans ces terrains, les tranchées de réseaux, les assainissements collectifs, les forages géothermiques, les piscines, les puits climatiques ou les remblais périphériques peuvent devenir des chemins préférentiels pour les eaux imposées à la parcelle. Ces ouvrages peuvent capter, conduire ou concentrer l’eau vers des zones sensibles, avec des conséquences dommageables sévères.
L’objectif n’est donc pas d’écarter systématiquement la gestion intégrée des eaux pluviales en zone argileuse. Il est de rappeler que l’infiltration ne doit pas être retenue par principe. Elle doit être justifiée par le sol, par la configuration de la parcelle et par l’absence d’impact défavorable sur les constructions existantes ou projetées.
À défaut, une solution conçue pour améliorer la gestion de l’eau peut devenir un nouveau facteur de sinistre. C’est tout l’enjeu de la prévention : concilier la GIEP et le RGA, sans sacrifier la stabilité des ouvrages à une application trop automatique de l’infiltration à la parcelle.
Quelles dispositions adaptées pour concilier GIEP et RGA ?
Imposer l’infiltration des eaux pluviales à la parcelle peut modifier l’humidification des terrains.
Dans les sols argileux, et plus encore dans les zones sensibles au retrait-gonflement des argiles,
cette humidification ne peut pas être considérée comme neutre.
Caractériser précisément les sols
La mesure de la perméabilité à l’eau, par exemple par un essai de type Porchet,
est fondamentale. Elle permet de vérifier si le terrain est réellement capable
d’absorber les volumes envisagés.
Cette analyse doit être conduite avec d’autant plus d’attention que le terrain est argileux,
remanié, compacté ou situé dans une zone déjà exposée au retrait-gonflement des argiles.
Éviter les apports d’eau concentrés près des constructions
Une infiltration ponctuelle en pied de façade, sous une descente d’eaux pluviales,
près d’un sous-sol ou au droit de fondations superficielles peut modifier localement
la teneur en eau du sol.
Dans les terrains sensibles, cette concentration d’eau peut provoquer des mouvements
différentiels et aggraver des désordres structurels.
Prévoir le fonctionnement en cas de saturation
Une noue, une tranchée d’infiltration, une cuve ou un ouvrage enterré ne doivent pas être
conçus comme s’ils allaient toujours fonctionner parfaitement.
Le colmatage, le défaut d’entretien, les pluies supérieures au dimensionnement ou la perte
de perméabilité du sol doivent être envisagés. Le cheminement du trop-plein doit être identifié,
maîtrisé et éloigné des points sensibles.
Préserver la perméabilité du sol pendant le chantier
Le fond d’une noue ou d’un ouvrage d’infiltration ne doit pas devenir une aire de stockage,
de retournement ou de circulation d’engins.
Un sol compacté pendant les travaux peut perdre sa capacité d’infiltration avant même
la réception de l’ouvrage.
Adapter la solution à la taille réelle de la parcelle
Dans certains lotissements, les parcelles sont trop petites pour permettre une infiltration
à la parcelle sans proximité excessive avec les fondations, les limites séparatives,
les réseaux ou les constructions voisines.
Une gestion mutualisée à l’échelle de la voirie, d’un espace commun, d’un bassin collectif
ou d’une chaussée réservoir peut alors être plus sécurisante qu’une addition de petits
ouvrages individuels difficiles à contrôler.
Penser la maintenance dès la conception
Un dispositif de GIEP n’est pas un ouvrage autonome. Les cuves doivent rester accessibles,
les filtres contrôlés, les noues entretenues, les revêtements perméables préservés du colmatage
et les trop-pleins vérifiés.
À défaut, la performance hydraulique diminue et le risque de débordement ou de mise en charge
augmente.
La gestion intégrée des eaux pluviales doit rester une réponse technique maîtrisée,
et non une obligation appliquée mécaniquement.
Responsabilités, assurance et prévention : un sujet à ne pas sous-estimer
La Gestion Intégrée des Eaux Pluviales n’est pas seulement un sujet environnemental ou réglementaire.
C’est également un sujet de conception, d’exécution, d’entretien et donc de responsabilité.
Un dispositif mal adapté peut engager plusieurs intervenants : maître d’ouvrage, maître d’œuvre,
bureau d’études VRD, géotechnicien, entreprise de terrassement, entreprise d’étanchéité,
paysagiste, syndic ou propriétaire chargé de l’entretien. La difficulté tient au fait que le sinistre
peut apparaître tardivement, parfois bien après la réception de l’ouvrage.
01
Défaut de conception
Les désordres peuvent trouver leur origine dans une absence d’étude de sol suffisante,
une mauvaise appréciation de la perméabilité, un ouvrage sous-dimensionné ou une infiltration
trop proche des constructions.
Absence de trop-plein maîtrisé
Non-prise en compte des terrains argileux
Distance insuffisante avec les fondations ou ouvrages enterrés
02
Défaut d’exécution
Un ouvrage correctement prévu peut perdre son efficacité si sa mise en œuvre ne respecte pas
les conditions nécessaires au bon fonctionnement hydraulique.
Compactage du fond de noue
Pollution du massif drainant par des fines
Mauvaise pose d’une cuve enterrée
Raccords insuffisamment traités ou pente incorrecte
À noter : un sol compacté pendant les travaux peut parfois nécessiter deux saisons pour retrouver une perméabilité suffisante, grâce au développement du réseau racinaire et aux galeries des lombrics.
03
Défaut d’entretien
La question de l’entretien reste déterminante. Un dispositif initialement pertinent peut devenir
une source de débordement ou de mise en charge des terrains lorsqu’il n’est plus entretenu.
Cuve abandonnée ou pompe hors service
Crépine rouillée ou filtre colmaté
Noue envasée
Revêtement perméable encrassé
Gouttières ou chéneaux remplis de boues
04
Un enjeu pour les assureurs
Pour les assureurs, la GIEP doit être regardée comme un enjeu de prévention.
Elle est bénéfique pour la gestion de nos ressources en eau, mais elle ne doit pas introduire
un facteur aggravant dans des situations déjà sensibles, notamment en présence d’argiles
sujettes au retrait-gonflement.
La bonne approche consiste à documenter les choix techniques : étude de sol,
essais de perméabilité, justification du dimensionnement, gestion du trop-plein,
distance aux ouvrages, conditions d’entretien et responsabilités de chaque intervenant.
Le point de vigilance ABE
Dans ce contexte, le rôle du courtier ne se limite pas à placer une garantie.
Il consiste aussi à alerter, questionner et accompagner les acteurs du projet sur les points
de vigilance susceptibles d’avoir des conséquences assurantielles.
L’objectif est simple : concilier une gestion plus durable de l’eau avec la prévention des sinistres.
Une solution bénéfique pour l’environnement ne doit pas devenir un facteur aggravant pour les constructions.
En conclusion
La Gestion Intégrée des Eaux Pluviales est une évolution nécessaire. Elle présente de nombreux avantages pour la préservation de nos ressources en eau, la réduction du ruissellement et l’adaptation de nos villes aux épisodes pluvieux intenses.
Toutefois, cette évolution ne doit pas être appliquée mécaniquement. En présence de terrains argileux, de petites parcelles ou d’ouvrages sensibles, l’infiltration à la parcelle peut devenir un facteur aggravant de sinistres.
L’enjeu n’est donc pas de remettre en cause la GIEP, mais de la concevoir avec discernement. Pour aller plus loin, anticiper les points de vigilance et sécuriser vos projets, les experts ABE vous accompagnent dans l’analyse des risques et la mise en place de solutions adaptées.
Un article de Thomas Lemerre, expert-conseil chez ABE Courtage
Questions fréquentes sur la Gestion Intégrée des Eaux Pluviales
La Gestion Intégrée des Eaux Pluviales, ou GIEP, désigne les techniques et pratiques mises en œuvre pour gérer localement les eaux de pluie, au niveau d’une parcelle individuelle ou d’un petit groupe de parcelles. L’objectif est de traiter ou de gérer les précipitations là où elles tombent, afin de limiter leur impact sur les réseaux d’assainissement et les cours d’eau.
Elle peut l’être selon les règles fixées par le Plan Local d’Urbanisme, le zonage pluvial ou les prescriptions de la collectivité. De nombreux PLU imposent désormais la recherche d’alternatives à la gestion “tout tuyau”, notamment par infiltration, rétention, limitation du débit de rejet ou gestion locale des eaux pluviales.
Non. L’infiltration dépend de la nature du sol, de sa perméabilité, de la présence éventuelle d’argiles, de la nappe, de la pente, des remblais, des réseaux et de la proximité des constructions. Une étude préalable est nécessaire pour vérifier si le terrain est réellement capable d’absorber les volumes d’eau envisagés.
La GIEP permet de réduire le ruissellement, de limiter la saturation des réseaux, de préserver les milieux aquatiques, de favoriser la recharge des nappes lorsque le sol le permet, de valoriser l’eau de pluie et d’améliorer la biodiversité ainsi que le confort urbain.
Les techniques les plus courantes sont les cuves de rétention, les récupérateurs d’eau de pluie, les systèmes d’infiltration enterrés, les puits d’infiltration, les tranchées drainantes, les toitures végétalisées, les toitures avec rétention temporaire, les pavés perméables, les jardins de pluie, les noues et les chaussées réservoirs.
Une solution mal conçue, mal exécutée ou mal entretenue peut provoquer des débordements, une mise en charge des terrains, des infiltrations en sous-sol, des désordres sur les réseaux, des mouvements de fondations ou une aggravation de pathologies existantes. Le risque est particulièrement sensible lorsque l’eau est concentrée près des bâtiments.
Certaines argiles sont sensibles aux variations de teneur en eau. Elles se rétractent en période sèche et gonflent lorsque l’apport en eau devient important. Une infiltration forcée ou concentrée à proximité des constructions peut donc aggraver le phénomène de retrait-gonflement des argiles et provoquer des sinistres.
Il convient de caractériser le sol, de mesurer sa perméabilité, d’identifier le risque de retrait-gonflement des argiles, de prévoir le cheminement des trop-pleins, d’éloigner les apports d’eau des ouvrages sensibles et d’organiser l’entretien du dispositif dans le temps.
Selon la nature du projet, plusieurs intervenants peuvent être concernés : maître d’œuvre, bureau d’études VRD, géotechnicien, entreprise de terrassement, paysagiste, entreprise d’étanchéité ou assureur. Les experts ABE peuvent accompagner les maîtres d’ouvrage et professionnels dans l’analyse des risques et la prévention des sinistres.
Besoin d’analyser les risques liés à la gestion des eaux pluviales ?
En cliquant sur "Accepter tous les cookies", vous acceptez que des cookies soient stockés sur votre appareil afin d'améliorer la navigation sur le site, d'analyser son utilisation et de contribuer à nos efforts de marketing. Consultez notre politique de confidentialité pour plus d'informations.